Ils ont dit... 

Comédien, Metteur en scène, fondateur de l’Atelier Nomade et  de l’Ecole Internationale de Théâtre du Bénin

par Emi Lagbadja

Porto-Novien avant tout, de père yoruba et de mère Goun. Paradoxalement discret comme on ne peut  s’y attendre, « créateur d’un autre genre, Alougbine Dine n’est pas tombé de la première pluie même s’il fait tomber des nues… » pour reprendre le burkinabè Emmanuel SAMA. «  Dans l’ombre, pourtant il se forge une solide expérience, nourrie d’une approche diversifiée de la création théâtrale. Acteur, metteur en scène, scénographe, Alougbine Dine mûrit son talent sur les pieds, comme les meilleurs fruits » Bruno Asseray alors Directeur du Centre Culturel français de Cotonou n’avait pas si bien dit quand il écrivait ces précédentes lignes dans l’Océanique, une revue de la Coopération Française au Bénin, n°28 en juin 1997.

Alougbine Dine a déjà joué plus de cent rôles au Théâtre et dans  des registres très variés. Il a signé des multitudes de costumes et de décors. Il a mis en scène de plus d’une soixantaine de textes d’auteurs, visitant les grands moments de l’histoire du théâtre avec une part belle aux poètes actuels.

Alougbine Dine est un Voyageur et jeteur de ponts. Le Bénin ne lui a pas suffit. Il a toujours eu en appétit d’autres cultures et le souci des gens différents. Voilà pourquoi l’Atelier Nomade. C’est là aussi le fondement des disparités culturelles et esthétiques de ces distributions quand il crée ses spectacles : il mêle en effet des nationalités, des régions, des ethnies, des langues, des musiques, des instruments, des âges, des auteurs, autant de différences croisées et échangées.

Alougbine Dine a vécu 13 ans en Afrique Centrale et a travaillé dans toutes les régions d’Afrique et même en Erythrée et en Ethiopie. Il a sillonné et plusieurs fois, presque toutes les scènes des Centres Culturels Français et  Alliances Françaises d’Afrique ainsi que bon nombre de festival de théâtre en Europe et principalement le festival d’Avignon.

Après le prix de peintures à la mini foire de Porto-Novo en Août 1972, Alougbine Dine n’a pas arrêté d’accumuler des prix, des distinctions, des éloges.

Ecoutez ce que disent les professionnels et des critiques de lui :

« Ce qui m’a frappé chez cet homme sympathique, c’est cette foi de pionnier qui dans ses intentions et sa conviction me fait penser à cette génération fondatrice des Dasté et des Gignax. Avec son Atelier Nomade, il invente, il féconde, il sillonne, il va à la source, prenant à bras le corps toute la problématique théâtrale dans ses dimensions créatives et populaires. C’est un transfrontalier dont le côté cour est en Ethiopie et le côté jardin essaime entre Gabon et Bénin ». 

Gabriel Garran, Metteur en scène (tiré de la plaquette du festival Afrique Noire et Blanche).

Pierre Akentégué, l’un des plus grands de la musique africaine confie à Marie-Christine Ininghonet dans l’Union (un quotidien d’information gabonais du  04 Avril 1991 à propos de « Mal de Mots »  de Paul Moukéta : « J’ai assisté à un spectacle total. Les costumes, la mise en scène et l’interprétation étaient dignes de grand professionnel. On  devrait faire grand cas de cette pièce ».

Toujours à propos de "Mal de Mots" Emmanuel Sama dans "Sidwaya" (Burkina) n° 2052 du 3 juillet 1992 écrit « Le Théâtre du Tigre a subjugué, dérouté, stupéfait tous les spectateurs du « Grand Méliès " en cette nuit surréaliste du 1er juillet 1992… chacun est libre d’interpréter cette pièce qui transcende le train-train quotidien. Un nouveau théâtre africain est-il entrain de naître, engendrant une génération de la rupture ? Cette œuvre est pionnière dans son genre ».

On pourrait lire sous la plume de Nathalie Bentolila dans Cassandre de mai 1997 : « des moyens simples, une équipe jubilatoire, une inventivité scénique qui incorpore les spécificités corporelles et vocales africaines : Alougbine Dine serait-il l’un des moteurs de la relève du théâtre africain ? L’accueil réservé à « la Ligne » lors de la dernière édition du Festival International de Théâtre du Bénin pourrait le laisser penser. Alougbine Dine semble en effet bien assis dans le train de son époque ».

Antoinette Delafin de l’autre Afrique n°5 du 18 au 24 juin 1997 renchérit : Grotesques, tragiquement humains les personnages de « la Ligne », pièce adaptée par le Béninois Alougbine Dine ne laissent personne indifférent ».

Et voilà qu’à propos de « Errances » d’Anita Van Bel, Christophe Champin (MFI) fait courir ces lignes sur les pages web : « Alougbine Dine sait surprendre son monde. Et il s’y prend avec brio… il affectionne particulièrement les mélanges des genres ». 

Il faut le dire et cela transparaît à travers toutes ses mises en scène Alougbine Dine est bon directeur d’acteur. 

Tenez : « (les acteurs) ont d’ailleurs fait montre d’une conviction et d’une aisance dans le jeu qu’on ne peut apprécier, et qui résulte, à n’en pas douter, d’une véritable direction d’acteur, socle essentiel et indispensable à toute progression.» Bruno Asseray dans Océanique n° 22 et pour finir Florent Hessou dans Echos du jour n°374  du lundi 2 février 1998 à Cotonou écrit à propos de la « Fuite » La mise  en scène ingénieuse a plongé les spectateurs dans un univers mythique, parfois mythologique, parfois réel. Le jeu juste des acteurs refuse d’accepter la fiction. »

Selon Alassane Sissé du Sud Quotidien de Dakar du lundi 24 octobre 1994,  "Le tigre de la mise en scène ",  Alougbine Dine,  « après une brillante carrière de comédien, de scénographe et de metteur en scène en Afrique et en Europe a fait le choix de retourner au Bénin son pays d’origine afin de se consacrer à la formation des artistes en fondant l’école Internationale de Théâtre du Bénin (EITB) en 2004. Soutenue à la fois par des partenaires locaux mais aussi par l’Union Européenne, cette école est désormais reconnue comme espace unique de création, de diffusion et de transmission des arts et techniques du théâtre en Afrique francophone ». Matthieu ROY